L'INVITATION AU VOYAGE

Par les fenêtres du pensionnat, Töpffer et ses élèves aperçoivent le lac et les Alpes, deux invitations au voyage: nombre de randonnées débutent et s'achèvent sur le pont d'un bateau à vapeur; les montagnes, suisses, savoyardes ou italiennes, demeurent quant elles l'attraction principale des excursions. Les itinéraires s'établissent évidemment en fonction de la durée des vacances, plus courts au printemps (quelques jours), plus longs en été et en automne (deux, trois semaines, voire plus d'un mois). Mais les tracés planifiés à Genève réservent parfois des surprises sur le terrain, et il arrive que la troupe se fasse détourner. Un crescendo caractérise les ambitions touristiques du professeur. La durée moyenne des voyages tend à s'allonger dans les années 1830, jusqu'à l'apothéose du voyage à Venise en automne 1841 (trente-six jours).

A chaque voyageur son but: guérir d'"une passion violente et malheureuse", jouir de la nature ou "se renforcer les jarrets", travailler aux progrès de l'art et de la littérature, chicaner un camarade ou "ramener la gravité dans la troupe"... Quant à Monsieur Töpffer, "général d'une troupe étourdie, il compte ses têtes, il surveille les mulets, il est attentif aux chevaux, il a soin du passeport, il tâte la bourse, il compte son or, il recalcule son argent, le tout en marchant, en conversant, en regardant, en croquant ou en ne croquant pas tous les beaux sites qui se présentent". De 1825 à 1842, le directeur de pensionnat entraîne ses élèves dans vingt-six périples à travers la Suisse, la Savoie et l'Italie. Plaisir et pédagogie se mêlent avec bonhomie dans ces "courses d'école" que Töpffer n'a pas inventées, non plus que le fait d'en donner le récit, mais qu'il traite avec un humour inédit. Recomposés après le retour à Genève, les notes et croquis pris en chemin donnent lieu à de savoureux albums illustrés où l'artiste-écrivain exploite avec bonheur son double talent.